Comme il l’avait fait l’an dernier, le gouvernement souhaite dérembourser les cures thermales, en l’inscrivant dans le projet de loi de la sécurité sociale pour 2027.
Cette fois-ci la méthode utilisée est de passer outre le vote de l’ Assemblée Nationale qui avait fait tomber le projet 2026 : le Gouvernement souhaite transférer aux complémentaires santé la part de remboursement des cures thermales conventionnées dont il se désengagerait.
L’année dernière, le projet était de faire passer le taux de remboursement par la sécurité sociale de 65 à 15 % et de supprimer le remboursement à 100 % pour les patients en affection de longue durée (ALD), pour un objectif de 200 millions d’euros d’économie dans le budget de la sécurité sociale.
200 millions d’euros d’économie dans le budget de la sécurité sociale, ça représente 0,1 % des dépenses de santé. Pas de quoi combler le déficit donc, mais assez pour déstabiliser tout un secteur d’activité.
Il existe en France 105 établissements thermaux en activité, dont 70 % se situent dans des villes de moins de 5000 habitants et à 43 % en zone rurale. Il s’agit donc dans près de la moitié des cas de stations thermales en communes rurales.
Je discutais récemment de ce sujet avec un ami d’une quarantaine d’années, engagé en politique, qui m’a immédiatement rétorqué : « Non non, impossible à porter, encore un truc de boomers qu’on doit payer pour eux, un loisir de plus à notre charge, on n’a pas les moyens. »
Dans notre société devenue clivée dans toutes ses composantes, le jeunisme anti séniors est en effet à la mode, il m’arrive souvent, en discutant avec des gens plus jeunes que moi de m’entendre dire « ok boomer » pour exprimer un désaccord dès lors qu’on arrive sur un terrain économique ou social.
Et pourtant. Dans un village comme le mien, situé dans la Nièvre, département rural qui a vu disparaître la quasi-totalité de son industrie, il ne reste plus beaucoup de possibilités pour les jeunes de trouver un emploi sur place. L’établissement thermal de Saint-Honoré-les-Bains, moins de 700 habitants, c’est chaque année, pour environ 2400 curistes, pas loin de 40 emplois offerts, dont 4 permanents, couverts par des locaux. Ce sont aussi des emplois indirects conséquents : un camping privé, un autre municipal, deux médecins dont l’un n’exerce que sur l’activité thermale, ce sont des logeurs privés, des restaurants saisonniers, une pharmacie, deux garagistes, un casino de jeux. Ce sont des investissements privés.
On peut aussi entendre ci et là que l’efficacité des cures thermales serait discutable en termes de résultats. C’est oublier, si je garde mon village thermal en exemple, que les troupes de Jules César s’y rendaient déjà il y a 2000 ans pour soigner les maladies de peau contractées par les légionnaires : il y a des stations thermales qui soignent, à n’en pas douter, il suffit d’ailleurs d’observer nos curistes. On est très loin de l’esprit loisir ou croisière, ils sont âgés, ils marchent difficilement, ils se lèvent à l’aube pour démarrer chaque jour leur cure à l’heure, ils sont là parce qu’ils sont malades.
Autre constat, ils ne roulent pas sur l’or, ils sortent peu, sont habillés modestement, il s’agit de la classe moyenne inférieure. Ils ont sans doute une mutuelle qu’ils paient autour de 100 € par mois, la cure leur coûte environ 200 euros après remboursement à 65 %, auquel il faut ajouter le logement pour 3 semaines et les trajets. Il y a longtemps que le thermalisme ne s’adresse plus aux têtes couronnées ni à la grande bourgeoisie.
Il faut faire des économies sur le budget de la sécurité sociale, c’est un fait, il y a d’autres pistes à explorer et d’autres robinets à fermer, telles la fraude aux retraites versées à des centenaires en Algérie (40 à 80 millions d’euros par an selon la Cour des Comptes, 12 millions au Maroc), la fraude liée aux fausses cartes vitales (quelques millions par an), il faudra aussi s’atteler rapidement à l’introduction d’une part de capitalisation obligatoire pour la retraite.
Comme l’a déclaré récemment Adeline Guérard, propriétaire de la Chaîne thermale du Soleil, « Dérembourser les cures revient à accepter le renoncement aux soins des patients modestes ».
C’est aussi, je le crains, voir des établissements mettre la clé sous la porte, comme par exemple à Plombières-les-Bains dans les Vosges en 2025, ce qui à l’échelle de chaque village concerné représenterait une catastrophe économique, alors que dans la majorité des cas, il ne restait plus que cela.
Pascal LEPETIT
Président du Cercle de Réflexion Nivernais

Sans compter que les jeunes ont tendance à abuser du mot “boomer”, qui concerne les nés entre 1945 et 1965 environ, encore que les sociologues ne soient pas d’accord sur leurs chiffres. Et souvent, le jeune confond avec la génération X, les nés entre 65 et 1980. Certes, lorsqu’on est à la limite de deux générations, cela peut être difficile de distinguer.
Flute, je suis un boomer à un an près !