Par Florian Mazé, auteur nivernais de science-fiction, soucieux de replacer la culture et la littérature à droite
La macronarchie, qui vit aujourd’hui sa fin de règne, n’est que la caricature d’un système établi depuis bien longtemps.
Ce système se met en place dès avant Mitterrand, même si Mitterrand est perçu, à juste titre, comme le premier vrai liquidateur officiel du pays. Par exemple, n’oublions pas que la loi Pleven¹ a été votée… sous Pompidou ! Pour simplifier à l’extrême, nous allons tabler que ce système est vieux d’un demi‑siècle environ…
Il possède un appareil répressif, de plus en plus efficace : l’anarcho‑tyrannie², régime atroce qui consiste à protéger les criminels tout en bafouant les honnêtes gens. Et il a surtout un appareil idéologique : une religion sans dieu, « religion séculière » eût dit Raymond Aron, avec ses prêtres – professeurs, gens de spectacle, amuseurs glauques, gens de lettres et journalistes – et même ses inquisiteurs.
Cette religion sans Dieu, qui sévit depuis un demi‑siècle, point n’est besoin de lui donner un nom difficile : elle se nomme la bien‑pensance. Certains penseurs américains la nomment la Cathédrale³, insistant sur son aspect religieux. Elle cherche la conversion universelle, elle traque les hérétiques, elle structure intellectuellement les pouvoirs temporels, elle terrorise les incroyants, elle s’impose et prolifère en tablant sur l’étonnante veulerie des peuples (ou leur aveuglement).
Les fameux juges rouges, protecteurs de la racaille, ne se sont jamais si bien portés qu’aujourd’hui. Que croyez‑vous qu’ils sont, ces juges rouges ? Tel ou tel juge rouge vient de relâcher un tortionnaire multirécidiviste tout en incarcérant un père de famille qui a eu le malheur d’égratigner un agresseur… Ce juge rouge, bave aux lèvres, sourire sardonique, avec, dans les yeux, la lueur du sadique au moment de dépecer sa victime : c’est un inquisiteur, ni plus, ni moins. Les assassins, terroristes, violeurs, escrocs, tortionnaires, squatteurs, trafiquants, et tant d’autres, n’ont rien à craindre de ces juges‑bourreaux. L’État leur garantit l’impunité. Aux magistrats, et à leurs petits protégés.
La bien‑pensance, entre désinformation, loi du silence, leçons de morale, sophismes multiples et inversion des valeurs, se chargera de dire au peuple qu’il faut dormir tranquille, et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Même si l’allusion au meilleur des mondes évoque Leibniz et Huxley, c’est plutôt à Orwell qu’il faudrait se référer aujourd’hui. La bien‑pensance a produit tout un newspeak⁴ : l’État de droit pour désigner un état de non‑droit généralisé, la démocratie pour camoufler l’anarcho‑tyrannie, les valeurs républicaines pour travestir les privilèges de la racaille (celle d’en haut et celle d’en bas), la diversité en lieu et place de l’individualisme le plus sordide agrégé aux communautarismes les plus toxiques ; on pourrait en écrire tout un dictionnaire.
Je suis moi‑même assez mal placé pour fustiger la bien‑pensance ; je travaille dans son temple le plus vaste : l’éducation nationale. J’ai connu des collègues rentrés dans les ordres de la bien‑pensance à l’âge de vingt‑deux ou vingt‑trois ans ; ils sont partis à la retraite aussi veules, incultes, agressifs et lâches qu’aux temps de leurs vertes années.
Il n’empêche : ils ne nous convertiront pas !
Les prêtres et les inquisiteurs de la bien‑pensance peuvent bien faire ce qu’ils veulent : mort sociale, lynchage médiatique, répression judiciaire ou même, simplement, le coup du mépris… Ils peuvent bien nous humilier, nous exterminer, mais, pour reprendre un mot d’Épictète, « ils ne peuvent pas vaincre notre personne morale ». — Même Zeus ne peut la vaincre ! s’exclamaient les Stoïques. Nous ne nous convertirons pas à leur religion, car nous sommes les nouveaux athées, les mal‑pensants, mal‑pensifs et mal‑penseurs… Sans oublier les mal‑penseuses !
La mal‑pensée ou malpensée n’est pas une nouvelle religion : c’est le rejet de l’ancienne religion, la culture du doute, la rupture avec les dogmes, le nouveau rationalisme, le nouveau refus de la scolastique bien‑pensante, le nouveau cartésianisme, un sur‑rationalisme capable de rompre avec le Camp de la Raison, une alter‑morale échappant au Camp du Bien.
J’invite tous ceux qui en ont marre à devenir des mal‑pensants.
C’est un vrai bonheur que de mal‑penser ! Un bonheur risqué mais un bonheur quand même, dans une société où tout pue la mort, matérielle et cérébrale. Au moins, dans le Camp du Mal, il y a de la vie ! Et de l’espoir : dum spiro, spero.
Abandonnons enfin cette religion minable pratiquée par des bureaucrates péteux, des politicards visqueux, des magistrats abjects, des enseignants analphabètes, des cas sociaux du concept, des assistés de la matière grise ! Pissons à la raie de la lumpen‑intelligentsia⁵, de la bourgeoisie comprador⁶ et des médias de grands chemins : pas mal comme programme, non ? Moi, je trouve ça jouissif ! Ayons un peu le courage d’apostasier ! Apostat de la bien‑pensance, ma nouvelle vocation : non seulement, c’est marrant, mais c’est utile.
Mal‑pensants, mal‑pensifs et mal‑penseurs de tous les pays, unissez‑vous !
Buvons, mangeons, pétons au nez des commissaires aux idées propres !
Moi, perso, je suis un malpropre. Et toi, Lecteur ?
Florian Mazé, pour le Cercle de Réflexion Nivernais, via Agoravox
